Ecrits

Tais-toi et peins

(num.27 BOUHIOUI) 05 avril 2008

... Hélène, une amie de longue date et lectrice de ces articles m'a demandé la semaine dernière ce qu'était devenue ma 'peinture rouge' (faisant allusion à mon article numéro 22 du 1er mars 2008, titré :'Voir rouge')!

Je me suis alors rappelé que je ne l'avais toujours pas finie et qu'elle était posée dans un coin de l'atelier, face au mur, en attente pendant que j'en peins d'autres.

Ce qui est étrange c'est que depuis que j'en ai parlé, je suis beaucoup moins inspiré! J'ai comme le sentiment d'avoir envie de passer à autre chose. En fait j'ai déjà presque fini une deuxième toile depuis ce temps-là!

Le fait d'en avoir parlé à près de 500 personnes a affaibli l'énergie que j'avais à y mettre. J'ai l'impression que lorsqu'on parle d'une œuvre avant de l'avoir finie est presque comme si on l'avait effectivement exécutée.

Ca me rappelle ce peintre canadien qui travaillait comme sapeur pompier dans mon quartier et qui avait tatoué sur son bras:'Tais-toi et peins' (en anglais). Il disait qu'il ne fallait jamais parler d'une peinture avant de l'avoir finie car ça fait écouler l'énergie créative et ça fait perdre intérêt dans l'œuvre.

On dirait que l'approbation de l'idée par les gens est suffisante pour faire passer l'envie de l'exécuter.

En fin, je ne sais pas trop si la phrase suivante est dans le contexte ou pas mais je la dis tout de même :

"J'ai souvent regretté mes paroles, jamais mon silence" (Publilius Syrus, 1er siècle avant JC)

BOUHIOUI



d