Ecrits

Une journée idéale
(num.33 BOUHIOUI) 17 mai 2008

...Les écoliers à l'école. Les travailleurs au travail. Les chômeurs au lit. Les yeux sportifs sur les terrasses des cafés. Et l'artiste se déplace au ralenti. A peine réveillé. Un tour à la salle de bain et il est déjà dans son atelier. Pas de radio, ni de télévision pour les informations du matin. Il sait, comme disait le chanteur suisse que 'les nouvelles sont mauvaises d'où qu'elles viennent'.

Il se met sur une confortable chaise blanche en plastique face à trois des quatre murs de son atelier et promène son regard à 180 degrés. Toutes les toiles lui tournent le dos. Elles sont face au mur, mais il sait exactement ce qu'il y a sur chacune d'elles. Il connaît chaque centimètre carré de peinture, chaque défaut et chaque prouesse technique étalée sur ses toiles.

Au bout d'une demi-heure de contemplation, il a envie d'un café. Il va s'en préparer un, dosé au milligramme près. Le ramène à son atelier. Se rassoit de nouveau. L'atelier sent le café frais mêlé à l'odeur de peinture et d'autres liquides mais cela ne le dérange pas.

Toutes les toiles lui tournent la face sauf une. Une toute neuve. Blanche. Posée sur son chevalet. Il la regarde intensément. Puis regarde ailleurs. Il re-regarde sa fraîche toile. Puis s'en va arroser ses trois plantes dont un géranium d'un rouge magnifique qu'il a trouvé par hasard sur une route de campagne durant un de ses nombreux voyages.

Il a au moins sept projets pour cette toile vierge.

Lequel va t-il finir par y peindre ?

Il va chercher quelques CD à écouter. Fayrouz, Chopin, Cesaria Évora et Bach. L'ordre dans lequel il va écouter ses CD dépendra des aléas de ses idées.

Il tripote des tubes de peinture à l'huile. Marche dans son atelier. Ecoute sa musique. Regarde partout et nulle part… Il est déjà midi, le temps d'aller déjeuner.

Une petite sieste éveillée et retour à l'atelier. Cette fois-ci, il n'a plus que 2 projets pour sa nouvelle toile. Il hésite. Regarde ses tubes de peinture. Et puis d'un seul coup, c'est parti. Il sait exactement ce qu'il va y peindre. Plus aucun doute. Les couleurs sont choisies. Les pinceaux sont prêts. Les outils, les chiffons et les liquides.

Un ou deux coups de crayons et c'est le début. Il ne s'arrêtera que pour dîner. Un peu de temps pour la famille et back to work. Il n'est pas pressé de finir. Pas d'horloge dans l'atelier. Il s'approche puis s'éloigne. S'éloigne puis s'approche. Il se sent aux anges. Il ne voudrait être nulle part ailleurs. Il n'a besoin de rien. Juste continuer à explorer sa nouvelle toile.

Non, maintenant ce n'est plus fayrouz qu'il faut écouter, mais du mozart. De la 'Drama' qui, mêlée à une sorte de délicieuse fatigue, donne une énergie d'un autre type. Il va ramener d'autres CD. Tous de mozart. Le requiem, Don Giovanni et quelques concerto pour piano en mineur. Il ne vit plus que pour sa toile. Encore une heure ou deux et elle sera peut-être finie. Mais finit-on jamais une toile ?

Peu importe le résultat. Le bonheur c'est de l'avoir exécutée! Une journée simple, douce et pleine de rêves. En deux mots : 'une journée idéale'

Merci. A bientôt
BOUHIOUI



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